Comment se faire un réseau ? Simple, créez un podcast au Stade de France

Comment un simple podcast nous a conduites jusqu'au Stade de France... et m'a fait comprendre que la première personne à convaincre n'était peut-être pas celle que je croyais.

Renée Dekoupou

7/16/20268 min read

Co-fonder un média féminin avec une camarade de classe et finir par enregistrer au Stade de France ? Facile ! En fait, au départ, nous n’avions ni réseau, ni financement, ni véritable expérience entrepreneuriale. Comme on dit, delulu is the solulu.

Tout est parti d’un chiffre qui nous avait profondément choquées : 2 %. Le pourcentage de femmes qui parvenaient à lever des fonds. Je ne sais pas si, aujourd’hui, la réalité a tant changé que ça. Mais à l’époque, avec notre naïveté d’étudiantes, on s’était dit qu’il fallait passer le mot. Donner envie à d’autres femmes de se lancer.

Alors on a trouvé un nom : Wali, qui signifie « femme » en sango, ma langue maternelle.

Ensuite, il nous fallait un concept... À l’époque, le podcast était encore une niche. Les épisodes dépassaient rarement les trente minutes. Sauf Vraie de vrai de Flomodia, un podcast qui durait parfois trois, voire plus longtemps. C’est précisément ce format qui me fascinait. J’avais enfin l’impression d’entendre de vraies conversations.

De notre côté, on voyait bien la vague du podcast arriver. Après tout, on avait fait notre étude de marché, on était de bonnes marketeuses (eheh). Mais on voulait y apporter notre patte.

Alors on a commencé à yapper. Auprès de nos proches. De nos professeurs. Des connaissances de nos connaissances. Jusqu’à ce qu’un entrepreneur nous propose spontanément un partenariat avec son entreprise. Puis un autre. Le premier nous ouvrait les portes d’un studio au Stade de France. Le second, d’un autre studio à La Place, à Châtelet.

Mais ça, ce n’est même pas le plus intéressant…

Ce qu'on ne voit jamais derrière un podcast

Si je devais résumer cette aventure en une photo, ce serait probablement celle du studio au Stade de France. Si je devais la résumer en une réalité, ce serait plutôt deux étudiantes qui passent une soirée entière à essayer de choisir une musique d'introduction.

Quand on lance un podcast, on imagine souvent qu'il suffit de poser quelques questions, d'appuyer sur "Enregistrer" et de publier l'épisode.

La réalité est un peu différente lorsqu'on veut bien faire les choses. Chaque épisode commençait bien avant l'interview.

Il fallait d'abord choisir l'invité, le démarcher et prier tous les dieux pour qu'il accepte d'être interviewé. Nous avions eu beaucoup de chance ou soit nous étions très convaincantes, nous n'avions quasiment jamais de refus. De sacrées veinardes me direz-vous, et vous avez raison ! Peut-être nos bouilles d'ange ? Ou le fait que nous préparions chacune de nos invitations avec soin (sérieusement, on avait tout un brief pour convaincre haha) ?

Notre premier invité était une jeune femme qui avait comme nous, lancé un projet durant ses études jusqu'à allant le pitcher à VivaTech ! Il nous en fallait moins pour lui demander de nous faire l'honneur d'ouvrir notre première saison.

On sous-estime également les heures à se documenter, tant sur l'invité que sur son domaine d'expertise. Il nous fallait lire des articles. Écouter les interviews qu'il ou elle avait déjà données. Comprendre son parcours, son entreprise, ses convictions.

Le but n'était jamais de répéter les mêmes questions que tout le monde, mais de trouver un angle différent. Celui qui ferait dire à l'invité : « Tiens, on ne me l'avait jamais posée, celle-là. Et au fait, comment elles ont su qu'à 15 ans, j'ai nagé avec les dauphins à Madère ? »

C'était aussi ça, notre promesse. Puisqu'on avait choisi le format long, autant l'assumer jusqu'au bout. Ensuite venait toute la partie que personne ne voit : trouver une date, réserver un studio, vérifier le matériel, préparer les plans de tournage, acheter les snacks (et oui, l'hospitalité on vous a dit !).

Le jour j, il nous fallait gérer les imprévus, faire les réglages pour les micros, tourner du contenu, improviser car le but était d'avoir de vraies conversations, peu importe si le brief n'a pas été suivi jusqu'au bout. Puis venait la partie post-prod, le plus chiant sérieux ! Après tout cela, il fallait planifier l'épisode, faire la com' avant de pouvoir le publier. Écrire un article sur notre blog pour l'accompagner. Vous voyez, ça fait beaucoup !

Et recommencer. Encore. Et encore.

Avec le recul, je me dis souvent que la citation biblique "Heureux les simples d'esprits" est .. , car si nous savions ce qu'il nous attendait, je ne suis pas certaine qu'on se serait lancées. Et pourtant, c'est probablement parce qu'on ne savait pas qu'on l'a fait.

Au fil des mois, on a interviewé des profils venus de la tech, des médias, de la haute joaillerie, de l'édition... Chaque épisode était une excuse pour entrer, pendant une heure ou deux, dans l'univers de quelqu'un.

Le plus drôle, c'est qu'on a même fini par recevoir Florent et Momo, les créateurs de Vraie de vrai, le podcast qui nous avait donné envie de faire des formats longs. À l'époque, ça nous paraissait complètement irréel !

Ce que Wali a produit (et que nous n'avions pas prévu)

Nous pensions créer un média. Avec le recul, je crois surtout que nous avons construit une formidable machine à apprendre.

Chaque épisode était une immersion dans un univers différent. Pendant quelques heures, nous pouvions poser toutes les questions qui nous passaient par la tête à des personnes qui avaient parfois dix, quinze ou vingt ans d'expérience de plus que nous.

Un jour, on parlait d'entrepreneuriat, le lendemain, de haute joaillerie, le jour d'après des médias et le suivant du monde de l'édition. J'ai appris énormément grâce à mes études, mais je ne suis pas certaine qu'elles m'auraient offert une telle diversité de regards en si peu de temps.

Le plus étonnant, c'est que nous avons fini par avoir un impact que nous n'avions jamais anticipé. Au départ, Wali était né d'une envie assez simple : donner envie à davantage de jeunes femmes d'entreprendre.

Puis les retours des auditeurs sont arrivés. Je me souviens avoir reçu un message d'un jeune homme disant qu'il avait découvert l'existence de la taxe rose grâce à un épisode, ça m'a fait plaisir car c'était exactement ce que nous souhaitons transmettre, la connaissance des sujets qui touchent les femmes auprès de tous les publics.

Je me souviens également d'une jeune femme qui nous a expliqué avoir trouvé le courage de lancer son propre projet après nous avoir écoutées. Je ne sais pas ce qu'elle est devenue aujourd'hui, mais savoir que Wali aura été, un petit point de départ démontre que notre podcast a atteint son objectif.

La seule question que personne ne nous a posée

En repensant à cette aventure, il y a une chose qui me frappe. Pendant toute la durée de Wali, personne ne nous a jamais demandé si nous étions légitimes.

Pourtant, objectivement, nous ne l'étions pas. Nous étions étudiantes et nous n'avions jamais animé de podcast. Nous n'avions aucune audience, aucun média derrière nous, aucun investisseur, aucun réseau. Nous apprenions tout sur le tas, des réglages des micros jusqu'à la manière de mener une interview sans transformer la conversation en interrogatoire.

Et pourtant, des entrepreneurs ont accepté de nous consacrer une heure de leur temps. Certains nous ont ouvert les portes de leur entreprise. D'autres nous ont recommandé des invités. Nous avons eu la chance d'avoir des studios d'enregistrement à notre disposition.

Avec le recul, je trouve ça fascinant. Parce que je suis persuadée que si nous avions attendu d'être « prêtes », Wali n'aurait jamais vu le jour.

Si quelqu'un nous avait expliqué, dès le départ, la quantité de travail que représentait un podcast, je ne suis même pas certaine que nous nous serions lancées. De la même manière, si nous avions attendu d'avoir le bon réseau, la bonne expérience ou une crédibilité suffisante pour contacter des chefs d'entreprise, nous n'aurions probablement jamais envoyé ce premier message.

Ce projet est né parce que nous étions suffisamment inconscientes pour ne pas nous poser la question. Je me demande souvent à quel moment, en grandissant, on commence à croire qu'il faut mériter le droit de commencer.

Quand on est enfant, on dessine sans être illustrateur. On écrit sans être écrivain. On chante sans être musicien. Puis, un jour, quelque chose change. On se persuade qu'il faut d'abord devenir compétent avant d'avoir le droit d'essayer.

L'entrepreneuriat n'échappe pas à cette logique. On attend d'avoir plus d'expérience, d'argent, de contacts, de certitudes. Comme si la légitimité était une condition d'entrée, alors qu'elle ressemble bien plus souvent à une conséquence.

Je ne dis pas qu'il faut se lancer sans travailler ni sans préparer ses projets. Si Wali a existé, c'est précisément parce que nous passions des heures à préparer chaque épisode. Mais il existe une différence entre être préparé et se sentir légitime. Le premier dépend de notre travail. Le second est un sentiment qui, à mon avis, n'arrive jamais vraiment.

D'ailleurs, c'est peut-être là que se cache le piège.

Et les 2 % dans tout ça ?

Au fond, ce chiffre de 2 % ne m'a jamais vraiment quittée. À l'époque, j'y voyais surtout la preuve qu'il fallait encourager davantage de femmes à entreprendre. C'est toujours le cas aujourd'hui, mais je pensais que le principal obstacle apparaissait au moment de convaincre un investisseur de croire en son projet.

Maintenant, je crois que le problème commence bien avant. Il commence au moment où une idée reste dans un carnet parce que son auteur estime ne pas être prêt.

Je ne dis pas que c'est propre aux femmes. Les hommes connaissent eux aussi le doute. Mais je continue de penser que les femmes sont nombreuses à attendre de cocher toutes les cases avant de se sentir autorisées à se lancer. Comme si la légitimité devait précéder l'action, alors qu'elle en est bien souvent la conséquence.

Wali n'a pas changé les statistiques. En revanche, je sais que ce projet a changé les deux étudiantes qui l'ont créé.

Finalement, la première personne qu'il faut convaincre n'est peut-être ni un recruteur, ni un client, ni un investisseur : c'est soi-même.

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